« REPARER LES VIVANTS » – Maylis de Kerangal
PREMIERE PARUTION AUX EDITIONS GALLIMARD LE 13 MAI 2015

RECOMMANDÉ PAR EMMANUEL NOBLET

«Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps.»

Après avoir remporté le prix Médicis pour son roman « La naissance d’un pont » en 2010. Maylis de Kerangal publie en 2014 un livre coup de poing : « Réparer les vivants ». Avec sa langue puissante, Maylis de Kerangal s’attaque à un sujet vital encore peu abordé en littérature : le don d’organe.

RESUME
Le matin Simon a un accident de voiture. Transporté d’urgence à l’hôpital il est rapidement déclaré en état de « mort cérébrale ». Son coeur bat encore, mais son cerveau ne répond plus. Simon devient à cet instant un potentiel donneur. Commence alors le récit dense et haletant d’une course contre la montre, au service de la vie. Vingt-quatre heures dans la vie d’un homme, d’un hôpital, et de sa famille. L’histoire d’un coeur qui bat. Et à donner, pour réparer les vivants.

« Ce qu’est le cœur de Simon Limbres, ce cœur humain depuis que sa cadence s’est accéléré à l’instant de la naissance quand d’autres cœurs au-dehors accéléraient de même, saluant l’événement, ce qu’est ce cœur, ce qui l’a fait bondir, vomir, grossir, valser léger comme une plume ou peser comme une pierre, ce qui l’a étourdi, ce qui l’a fait fondre – l’amour ;  ce qu’est le cœur de Simon Limbres, ce qu’il a filtré, enregistré, archivé, boîte noire d’un corps de vingt ans, personne ne le sait au juste, seule une image en mouvement créée par ultrason pourrait en renvoyer la tristesse qui resserre, seul le tracé papier d’un électrocardiogramme déroulé depuis le commencement pourrait en signer la forme, en décrire la dépense et l’effort pour se comprimer  près de cent mille fois par jour et faire circuler chaque minute jusqu’à cinq litres de sang,  oui, seule cette ligne là pourrait en donner un récit, en profiler la vie, vie de flux et de reflux, vie de vannes et de clapets, vie de pulsations, quand le cœur de Simon Limbres, ce cœur humain, lui, échappe aux   machines, nul ne saurait prétendre le connaître, et cette nuit-là, nuit sans étoiles, alors qu’il gelait à pierre fendre sur l’estuaire et la pays de Caux, alors qu’une houle sans reflets roulait  le long des falaises, alors que le plateau continental reculait, dévoilant ses rayures géographiques, il faisait entendre le rythme régulier d’un organe qui se repose, d’un muscle qui lentement se recharge – un pouls probablement inférieur à cinquante battements par minute – quand l’alarme d’un portable s’est déclenché au pied d’un lit étroit, l’écho d’un sonar inscrivant en bâtonnets luminescents sur l’écran tactile les chiffres 05:50 et quand soudain tout s’est emballé »

« Réparer les vivants » Maylis de Kerangal

ADAPTATIONS

« Réparer les vivants » a fait l’objet d’une superbe adaptation au théâtre grâce au comédien et metteur en scène Emmanuel Noblet. Molière de la meilleure adaptation en 2016.

« Réparer les vivants » c’est  aussi un film réalisé par Katel Killévéré sorti en 2016. Avec Tahar Rahim et Emmanuelle Seigner.