Danièle Bloch est professeur d’Histoire de l’Art. Grande organisatrice de visites et voyages culturels, elle guide élèves et public à la découverte de l’art sur son site « A l’école de l’Art ». Elle écrit aussi pour de nombreuses publications sur le sujet. Rencontre avec une fervente actrice de la culture.

Danièle Bloch, quelle lectrice êtes-vous ?

Je lis beaucoup. Plusieurs livres en même temps. Beaucoup, beaucoup qui sont ouverts tous en même temps que je prends, que je rejette, que je reprends… Mais aujourd’hui je suis une « mauvaise » lectrice parce que je lis peu de littérature contemporaine.  Je ne lis que de la littérature qui a trait à mon travail : donc je lis plutôt des essais ou alors des biographies.  J’ai lu récemment plusieurs biographies de Debussy pour préparer un sujet sur « musique et peinture » que je vais traiter avec un pianiste. Ou alors la vie de Kessel, que j’adore, parce que c’est comme un vrai roman. La vie m’intéresse plus maintenant que la fiction, et les écrivains contemporains ne font pas toujours le poids pour moi.

 

Le premier livre qui vous a marquée ?

Ce sont les livres que m’a offerts ma grand-mère. A la fois Robinson Crusoé que je n’ai jamais lu mais dont j’adorais la couverture. Et Crin Blanc…. Et les bouquins de Maupassant plus tard, quand j’avais 15 ans. Il y a des livres qui m’ont marquée comme « Autant en emporte le vent » que j’ai lu au lit. Mais aussi, plus surprenant, des livres sur les camps de concentration et la Shoah. En fait ma grand-mère était juive mais le cachait, ne l’ a jamais dit… Et sans le savoir j’ai lu très jeune toutes sortes de bouquins sur les camps de concentration, sur Treblinka, sur l’univers concentrationnaire. Je devais avoir 1 2 ans ou 13 ans.

 

Le premier auteur que vous avez aimé ?

Je crois que c’est Flaubert, avec Mme Bovary. Et surtout L’Education sentimentale que j’ai adoré et que je relis aussi… Pour la beauté de la phrase. Quand on est une petite fille on aime les histoires d’amour. Mais là c’était surtout la beauté du texte qui m’enthousiasmait.

Des livres qui ont changé votre vie ?

Oui tous ces livres par exemple sur la Shoah… Ça a été essentiel. D’autres livres aussi, du fait que mes parents étaient communistes. Par exemple j’ai lu très jeune « Le Don paisible » Mikhaïl Cholokhov. Cholokhov est un écrivain communiste, et il a écrit toute une saga semblable à « Guerre et Paix » sur toutes sortes de héros autour de la révolution d’octobre et de la première guerre mondiale. Depuis j’ai compris que « bons et méchants » étaient partout.

D’où vous vient cet amour de la lecture selon vous ?

Je suis née dans une famille communiste où on lisait beaucoup. Mes parents, mon père surtout qui parlait très peu, et n’était pas un homme sympathique, pas un homme très tendre, avait une sorte de générosité par rapport à la lecture : il m’emmenait dans des librairies et de là je pouvais repartir avec quinze bouquins, des tonnes de bouquins. On restait des heures tous les deux dans la librairie et c’était vraiment autour de cet amour de la lecture que nous nous rencontrions. Mes parents avaient une belle bibliothèque, j’y puisais continuellement.

Que lisez-vous en ce moment ? 

Des livres en ce moment que je relis, que je redécouvre. Marguerite Duras que je n’avais pas lue depuis très longtemps. « Un Barrage contre le Pacifique » magnifique. Molière : je le relis toujours autant avec grand plaisir. Tout le théâtre de Ionesco je l’ai lu, relu, je me suis beaucoup amusée. Et j’ai acheté pour mon fils les contes que Ionesco a écrits pour sa fille. Il inverse le rapport langage-image et construit une sorte de monde absurde pour cette petite fille si raisonnable. (« Le jeune Ionesco, conte numéro 2″ pour enfants de moins de trois ans).

Le livre que vous emmenez partout avec vous ?

David Mc Neill…  Parolier, il a écrit des chansons qui sont extrêmement célèbres pour Johnny Halliday, pour Julien Clerc… Ecrivain, fils de Chagall, il a écrit des bouquins formidables. J’ai commencé avec « Lettres à mademoiselle Blumenfeld », j’ai acheté tout tout ce qu’il a écrit dans la collection Poche, et ces livres, je les ai eus pendant un certain temps dans mon sac.

Le livre que vous aimez le plus offrir ?

« Inconnu à cette adresse » de Kressmann Taylor !

Le livre que vous avez le plus lu ?

« Belle du Seigneur » d’Albert Cohen je crois. Je l’ai en grosse collection NRF Gallimard blanche. Et il est dans un état épouvantable ! Colette aussi, que j’adorais lire en livre de poche. Mais celui qui m’a ouvert l’esprit et auquel je me réfère encore est « Le monde d’hier » de Stefan Zweig.

Votre endroit/position préférés pour lire ? 

Les livres sont en général près de mon lit car je lis au lit. La position la meilleure pour moi pour lire c’est couchée !

En quoi les livres sont essentiels dans nos vies et dans la société selon vous ?

Pour moi c’est la culture qui compte. Et la culture est en guerre contre l’imbécilité, contre l’ignorance, l’intolérance. Pour moi la culture c’est le lien essentiel entre les hommes. Mais elle est malheureusement trop souvent placée au second plan.  Le livre est peut-être même plus intéressant qu’une peinture parce que le livre, tu le prends, tu le reprends, tu l’emportes avec toi, tu reviens sur les phrases, tu les apprends, tu les chantes… Le livre est fondamental : il met en mots les idées, il construit et nourrit la pensée. Mais aussi c’est esthétique un livre. La phrase, c’est beau, c’est magnifique. Toute la grammaire… J’adore la grammaire. J’ai une formation assez classique, littéraire. Donc j’adore la grammaire, j’aime les mots, leurs infinies combinaisons qui cisèlent la pensée. Non seulement il faut les avoir entendus mais il faut aussi les avoir regardés et interrogés longuement  pour comprendre ce que nous sommes.

Une méthode pour ranger votre bibliothèque ?
Complètement en désordre… Je m’y retrouve à l’œil.

Entretien réalisé à Paris en janvier 2015.