Recommandé par Reading Wild !

Le Meilleur des mondes (Brave New World) est un roman d’anticipation dystopique, écrit en 1931 par Aldous Huxley. Il parait en 1932. Huxley le rédige en quatre mois1 seulement, à Sanary-sur-Mer, dans le sud de la France2. Vingt-cinq ans plus tard, Huxley publie un essai dédié à ce livre, Retour au meilleur des mondes, insistant notamment sur les évolutions du monde qu’il perçoit comme allant dangereusement vers le monde décrit dans son ouvrage. Le titre original du roman, Brave New World, provient de La Tempête de William Shakespeareacte 5 scène 1. John, le « Sauvage », reprend souvent cette phrase dans le roman (chap. 8, 11, 15). Dans la pièce de Shakespeare, la phrase est ironique et la traduction française reprend la même ironie, mais en référence à la littérature française : le « meilleur des mondes possibles » du Candide de Voltaire3.

Le roman a été adapté à la télévision en 1980 et en 1998.

Résumé de l’intrigue 

L’histoire débute à Londres, en l’an 632 de Notre Ford, dans un bâtiment gris nommé « Centre d’incubation et de conditionnement de Londres-Central ». Dans le monde décrit par l’auteur, l’immense majorité des êtres humains vit au sein de l’État mondial – seul un nombre limité de « sauvages » est encore regroupé dans des réserves. L’enseignement de l’Histoire est jugé parfaitement inutile dans ce monde, on apprend que les sociétés anciennes ont été détruites par un conflit généralisé connu sous le nom de « Guerre de Neuf Ans ». C’est l’unique garde-fou motivé par tous les aspects de l’individualisme ou de la culture, ardemment combattus par la société.

Dans cette société, la reproduction sexuée telle qu’on la conçoit a totalement disparu ; les êtres humains sont tous créés en laboratoire, les fœtus y évoluent dans des flacons, et sont conditionnés durant leur enfance. Les traitements que subissent les embryons au cours de leur développement déterminent leurs futurs goûts, aptitudes, comportements, en accord avec leur future position dans la hiérarchie sociale. Ainsi, les embryons des castes inférieures reçoivent une dose d’alcool qui entrave leur développement, les réduisant à la taille d’avortons, et sont traumatisés par tout ce qui concerne la nature ou les fleurs. Cette technique permet de résoudre les problèmes liés aux marchés du travail en produisant un nombre précis de personnes pour chaque fonction de la société, nombres déterminés par le service de prédestination.

Les membres des castes inférieures (Delta et Epsilon) sont produits en série (comme les Ford T) par un procédé de division cellulaire au stade qui suit la fécondation in vitro d’un ovule (le procédé Bokanowsky), ainsi un atelier d’usine « taylorisée » peut être équipé de machines identiques conduites par vingt-quatre, quarante-huit ou quatre-vingt-seize ouvriers jumeaux absolument identiques (On parlerait actuellement de clones).

Une fois enfants, les jeunes humains reçoivent un enseignement hypnopédique qui les conditionne durant leur sommeil, créant une morale commune profondément ancrée dans les subconscients de chacun. Les castes supérieures apprennent ainsi à mépriser les castes inférieures tout en sachant leur nécessité. Plus précisément, la société est séparée en cinq castes :

  • les castes supérieures :
    • Les Alpha en constituent l’élite dirigeante. Ils sont programmés pour être grands, beaux et intelligents. Ils sont vêtus de gris.
    • Les Bêta forment une caste de travailleurs intelligents, conçus pour occuper des fonctions assez importantes. Ils sont vêtus de rose.
  • les castes inférieures :
    • Les Gamma constituent la classe moyenne voire populaire. Ils sont vêtus de vert.
    • Les Delta (vêtus de kaki) et les Epsilon (vêtus de noir) forment enfin les castes les plus basses ; ils sont faits pour occuper les fonctions manuelles assez simples. Ils sont programmés pour être petits et laids (les Epsilon sont presque simiesques).

Chacune de ces castes est divisée en deux sous-castes : Plus et Moins. Chacun, en raison de son conditionnement, estime être dans une position idéale dans la société, de sorte que nul n’envie une caste autre que la sienne, contribuant à l’objectif ultime de tout le système social : la stabilité.

Cette société rend tabou le sujet de la viviparité : l’allusion à la maternité, à la famille ou encore au mariage font rougir de honte aussi bien les jeunes que les adultes. La sexualité y apparaît comme un simple loisir : chaque individu possède simultanément plusieurs partenaires sexuels (entre deux et six par semaine), et la durée de chaque relation est extrêmement limitée (quelques semaines seulement). Les femmes utilisent de nombreux moyens de contraception, appelés « exercices malthusiens », afin de contourner tout risque de reproduction qui échapperait au conditionnement réglementaire.

Chacun des membres de la société est conditionné pour être un bon consommateur et est obligé de participer à la vie sociale. La solitude est une attitude suspecte.

Tout le monde dans l’État mondial utilise du « Soma », substance apparemment sans danger qui peut, à forte dose, plonger celui qui en prend dans un sommeil paradisiaque. Le Soma n’a aucun des inconvénients des drogues que nous connaissons aujourd’hui. Il se consomme sous forme de comprimés distribués au travail en fin de journée. Cette substance est le secret de la cohésion de cette société : grâce à elle, chaque élément de la société est heureux et ne revendique rien. Les individus de toutes les castes se satisfont de leur statut par le double usage du conditionnement hypnopédique et du Soma.

Les humains qui ne vivent pas dans l’État mondial sont parqués dans des « réserves à sauvages » délimitées par de hautes barrières électrifiées. Elles ont été créées par l’État mondial à cause des conditions climatiques et géologiques peu favorables : « Il n’a pas valu la peine ni la dépense de civiliser ». Ces sauvages perpétuent la reproduction vivipare et ont un mode de vie primitif.

ANALYSE

Le Meilleur des mondes décrit une société future dotée des caractéristiques suivantes :

  • La société est divisée en sous-groupes, des Alphas aux Epsilons, en fonction de leurs capacités intellectuelles et physiques. L’appartenance à un groupe ne doit rien au hasard : ce sont les traitements chimiques imposés aux embryons qui les orientent dans l’un des sous-groupes plutôt qu’un autre, influençant leur développement.
  • Ces sous-groupes, qui constituent des castes, coexistent avec harmonie et sans animosité, chacun étant ravi d’être dans le groupe où il a été placé. Et pour cause, des méthodes hypnopédiques (répétitions de leçons orales durant le sommeil) conditionnent le comportement de chacun dès le plus jeune âge.
  • La reproduction est entièrement artificielle. Non seulement la notion de parenté ne correspond plus à une réalité courante, mais son évocation est considérée comme vulgaire, voire obscène.
  • La sexualité est uniquement récréative.
  • Le conditionnement dirige les goûts des membres de la société vers des loisirs nécessitant l’achat d’équipements spécialisés au lieu de l’appréciation des passe-temps gratuits ou bon marché. On les conditionne, par exemple, à ne pas aimer la nature, au motif que ce goût n’engendre pas assez d’activité économique.
  • Les loisirs sont omniprésents à la condition expresse qu’ils soient en groupe. Le sexe sans limite est encouragé dès la plus petite enfance, comme une relation sociale récréative comme une autre.
  • Le soma est une drogue parfaite, sans effet secondaire, hormis qu’elle diminue fortement l’espérance de vie, avec une limite maximum à 60 ans. Elle est distribuée par l’administration. Cette drogue empêche les habitants d’être malheureux. Elle agit sur un mode anxiolytique.
  • Sur le plan religieux, le régime est théocratique. Cela dit, les notions de religion et de théocratie y sont inexistantes et il en va de même pour toutes les autres notions associées à la religion, sauf l’hérésie, qui peut être punie de déportation, et le sacrilège.

Huxley fonde sa dystopie sur l’aspect utopique d’une société-monde profondément anesthésiée par le progrès scientifique et technique de l’an 600 après Ford. Ce roman pousse à son paroxysme les conceptions sur l’eugénisme qui était alors considéré par la communauté scientifique, et particulièrement par les généticiens et les biologistes, comme une science à part entière. D’ailleurs, Julian Huxley, frère d’Aldous Huxley, était un éminent généticien partisan de l’eugénisme (nommé à la tête de l’UNESCO en 1946). Le Meilleur des mondes dénonce les méfaits de l’utopie en tant que conceptualisation fausse et assujettissante. L’épigraphe qui introduit l’œuvre cloue au pilori l’utopie et invite les intellectuels à l’éviter pour échapper au piège idéologique qu’elle tend.

 

Source : Wikipedia