Rainer Maria Rilke (4 décembre 1875 – 29 décembre 1926) est sans nul doute l’un des plus grands poètes du XXème siècle. Son œuvre majeure, Lettres à un jeune poète , représente à elle seule les mémoires de celui qui sut capter à la fois l’essence même de la poésie et celle de la passion, de la vie. Dans cette lettre-ci, l’auteur prie Franz Xaver Kappus, « l’inconnu » en personne, de ne plus se tourner vers les autres pour juger si ses vers sont bons ou non puisque «pour le créateur, rien n’est pauvre ». Et l’interroge ainsi « Mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire »

« Lettres à un jeune poète » (extrait 1 ; p.19 ; édition Actes Sud)

« Votre regard est tourné vers le dehors ; c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriez- vous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit: « Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. Votre vie, jusque dans son heure la plus indifférente, la plus vide, doit devenir signe et témoin d’une telle poussée. »

Lecture : Catherine Matausch