Catherine Matausch est une femme rare. Journaliste. Elle aime peindre, photographier. Saisir l’instant par son regard, et habiter l’espace de son âme généreuse. Elle aime aussi lire, et se plonger sans retenue dans cet amour là.

[RW] Un seul livre à la fois ou plusieurs en même temps ?
[CM] Je ne lis qu’un seul livre à la fois et quand j’aime, je ralentis ma lecture pour repousser la séparation.

[RW] Pour vous lire c’est…

[CM] Partir

[RW] Votre premier contact avec les livres ?

[CM] Mon père travaillait beaucoup et quand il rentrait à la maison c’était pour s’enfoncer dans son fauteuil et lire de longues heures. Il se coupait de nous mais j’admirais cette capacité à rester résolument libre au sein d’une famille.

[RW] Premier livre fort ?

[CM] « Lettres à un jeune poète ». J’y ai puisé la certitude qu’il me fallait créer. Ma vie devait être consacré à cette recherche. Et il me faudrait tenir face aux pressions et aux doutes. Malheureusement les doutes ne m’ont jamais quittée.

[RW] Premier auteur fétiche ?

[CM] Montaigne était ma bible lorsque j’avançais avec difficulté dans mon adolescence.

[RW] Un livre, un seul à emmener partout ?

[CM] Comment faire un tel choix. Je ne m’y résous pas.

[RW] Le livre que vous aimez offrir ?

[CM] J’ai souvent offert « Le prophète » de Khalil Gibran surtout pour ses pages sur l’amour. Lors d’un mariage j’ai été chargé d’en lire un extrait. Je peux lire ces mots mais pas les dire car je pleure aussitôt.

[RW] Votre endroit préféré pour lire ?

[CM] Mon lit. Sans doute représente-t-‘il pour moi une planète très éloignée de la terre. Le syndrome du petit prince.

[RW] Une position préférée pour lire ?
[CM] Assise au milieu d’innombrables coussins.
« Une pièce sans livres? C’est suspect »
[RW] Quelle la place des livres dans votre maison ?

Chez moi les livres sont partout. Dans la bibliothèque mais aussi par terre sur des piles fragiles. Ils prennent la poussière pour attirer l’attention.

[RW] Une pièce sans livre c’est…

[CM] Une pièce sans livres est suspect. J’y vois la fin des rêves. Les livres ont une musique qui l’emporte sur le bruit.

[RW] Selon vous en quoi les livres sont-ils essentiels dans notre société ?

[CM] J’ai rencontré des personnes de grande qualité qui ne lisaient pas et de grands lecteurs manquant de générosité. Je crois donc qu’il est possible de ne pas lire et être un honnête homme. Mais l’éducation à la lecture est importante. L’école n’a pas toujours su transmettre ce goût de la lecture. C’est toujours vrai aujourd’hui.

« Chez moi les livres sont partout! »
[RW] Peut-on dire que lire est comme une résistance aujourd’hui ?

[CM] plus que jamais lire est devenu un moyen de résister à cette course contre la montre qu’est devenu l’acte de vivre. Pour lire il faut avoir du temps et ne pas être esclave des nouvelles technologies. Savoir se poser, faire taire son portable et accepter de ne pas être au courant de tout. J’ai ainsi appris les attentats du 13 novembre le lendemain matin.

[RW] Votre bibliothèque est rangée par…

[CM] Ma bibliothèque est un empilement de livres et de petits objets.  Des santons de provence font la pause sur les étagères. J’aime ce désordre.

[RW] S’il ne fallait garder qu’un mot : pour vous les livres sont…

[CM] Les livres sont mes compagnons.

Entretien réalisé à Paris – Le 1er mars 2016

Le blog de Catherine Matausch : http://catherine-matausch.blogspot.fr