RECOMMANDÉ PAR HELENA NOGUERRA
« TROIS CHEVAUX » d’ERRI DE LUCA
Première Parution : 3 janvier 2001 aux éditions Gallimard

« Une vie d’homme dure autant que celle de trois chevaux et tu as déjà enterré le premier »

« Le narrateur, un Italien émigré en Argentine par amour, rentre au pays. En Argentine, sa femme a payé de sa vie leur combat contre la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la vie d’un homme durait autant que celle de trois chevaux. Il a déjà enterré le premier, en quittant l’Argentine. Il travaille comme jardinier et mène une vie solitaire lorsqu’il rencontre Làila dont il tombe amoureux. Il prend alors conscience que sa deuxième vie touche aussi à sa fin, et que le temps des adieux est révolu pour lui. » [Source : Gallimard ]

Erri de Luca est un maître de la prose poétique. Ses récits pures et ciselés vous transportent dès les premières lignes.

« Un arbre a besoin de deux choses : de substance sous terre, et de beauté extérieure. Ce sont des créatures concrètes mais poussées par une force d’élégance. La beauté qui leur est nécessaire c’est du vent, de la lumière, des grillons, des fourmis et une visée d’étoiles vers lesquelles pointer la formule des branches. Le moteur qui pousse la lymphe vers le haut dans les arbres, c’est la beauté, car seule la beauté dans la nature s’oppose à la gravité. Sans beauté l’arbre ne veut pas. C’est pourquoi je m’arrête à un endroit du champ et je lui demande : « ici tu veux ? » Je n’attends pas de réponse, de signe dans la main qui tient son tronc, mais j’aime dire un mot à l’arbre. Lui sent les bords, les horizons et cherche l’endroit exact pour pousser. Un arbre écoute les comètes, les planètes, les amas et les essaims. Il sent les tempêtes sur les soleil et les cigales sur lui avec une attention de veilleur. Un arbre est une alliance entre le proche et le lointain parfait. »

A travers le récit poétiquement dépouillé du destin du narrateur, Erri de Luca pose la question des choix essentiels. Un récit magnifiquement intense et profond qui interroge le sens de la vie, et où les gestes les plus simples deviennent des rituels sacrés. On ferme le livre, l’esprit baigné de sérénité.

« Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d’un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les apporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés. en tombant d’un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle l’hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n’importe comment sauf d’ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l’étagère »

Prix Laure Bataillon 2001

Auteurs associés : Jean Giono, Christian Bobin, Jean-Jacques Rousseau, Henri-David Thoreau